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Kristen Hebert's Story

Je me souviens encore de l’appel : « Nous venons de détecter un autre cas ». C’était à la mi-janvier. Igloolik était sur le point de mettre fin à son statut d’épidémie après l’éclosion initiale de la COVID-19 à la fin décembre 2021. Je m’attendais à ce que d’autres cas se présentent, mais j’espérais que tout irait pour le mieux. Dans les 48 heures, on a compris que la situation était beaucoup plus sérieuse que celle que nous avions vécue l’année précédente. 

Je vous dirai d’ailleurs une chose : on a eu beaucoup de temps à se préparer pour ces jours de pandémie. Au cours des deux dernières années, nous avons fait des simulations, avons discuté de qui jouerait quel rôle au centre de santé et avons participé à des analyses simulées de la possibilité de devoir étendre nos services au-delà de notre centre de santé et d’apporter des changements à nos horaires de travail afin de pouvoir faire des recherches de contacts 24 heures sur 24. Avec du recul, je pense que ces plans nous ont sauvés, même si nous avons dû les retravailler une centaine de fois pendant l’éclosion; nous avions au moins un point de départ et une vision de la façon dont nous allions contenir l’épidémie de la COVID-19. 

Quand je pense à la période de janvier à mars 2022, beaucoup d’émotions remontent à la surface. L’inquiétude. Je suis infirmière de santé publique à Igloolik, où je coordonne toutes les évaluations des nouveau-nés dans notre communauté. Quand les jeunes patients ont commencé à tomber malades, je m’inquiétais à leur sujet. Je m’inquiétais pour leurs parents. Je pensais à eux après le travail et avant de m’endormir, et j’espérais qu’ils trouveraient la force pour s’en sortir. Et ils ont réussi! Parfois, je me sentais tout à fait impuissante, surtout lorsque j’appelais les familles pour leur dire que leurs résultats étaient positifs. Je me souviens de situations où les gens pleuraient en exprimant leur peur à l’autre bout du fil. Au plus fort de l’éclosion à Igloolik, c’était comme si nous étions au travail de façon permanente. Nous y étions sept jours sur sept, du matin au soir et, en essayant de contenir l’éclosion, nous avions parfois l’impression de porter le poids du monde entier sur nos épaules. Cette période a été très dure. 

Même si ces mois ont été incroyablement difficiles, je suis fière de ce que nous avons réalisé à cette époque. Le personnel de notre centre de santé a relevé le défi de protéger notre communauté. Chacun avait son rôle à jouer et a très bien réussi. On travaillait de façon synchronisée et on pouvait apporter des suggestions et des modifications à nos réactions afin de produire de meilleurs résultats. Tout le monde s’est engagé : nos infirmières, qui ont travaillé jour et nuit pour identifier et traiter les infections de la COVID-19, notre intrépide personnel de nettoyage et d’entretien qui a répondu à nos appels en période de grands risques d’exposition, et notre personnel de réception qui a répondu à des centaines d’appels demandant qu’on offre un soutien, tout en travaillant incroyablement fort à leurs propres tâches. Je suis touchée par ces souvenirs. 

La Semaine nationale des soins infirmiers est toujours une excellente occasion de réfléchir à ce que notre profession a réalisé en période de crise. Je lève mon chapeau à toutes les infirmières et à tout le personnel des soins de santé qui ont fait preuve d’un grand dévouement au cours des deux dernières années. Les luttes et les défis auxquels nous avons été confrontés sont peut-être les pires des temps modernes, mais nous sommes encore et toujours à votre disposition. Nous sommes prêtes à prendre soin de vous et de votre famille au moment où vous en avez le plus besoin. Merci à toutes les infirmières. 

 

Kristen Hebert

Chef d’équipe d’intervention rapide de la COVID-19 pour Igloolik

Infirmière de santé publique